L'hebdo'critique #4 - Robocop

Le par

Bonjour tout le monde ! Aujourd’hui, pour ce quatrième article de l’Hebdo’critique, nous avons décidé de vous parler du film Robocop de José Padilha. Vous pouvez retrouver tout d’abord mon avis en vidéo, suivit de celui de Jules-Emile juste après.


L’avis de Stupide Aldo


L’avis de Jules-Emile Cazlab

Voilà ! Faire un bon remake, c'est possible ! Comment ? En ne cherchant pas à imiter le modèle à tous les niveaux. Certains éléments du film d'origine sont repris, tels que les flashs infos, mais sinon, cette nouvelle version a sa propre histoire et sa propre dynamique. Si je garde, et je pense que beaucoup me rejoindront, ma préférence à l'original, j'ai beaucoup aimé la version 2014. 

Quelles étaient mes craintes ? D'abord, la présence de la famille de Murphy. J'avais peur qu'un surplus de pathos ne casse le rythme. Ensuite, j'avais peur de l'effet Total Recall, c'est-à-dire un remake pour les effets spéciaux : sans âme et avec un scénario stupide. Sur ces deux points, soulagement. En nouveauté, Lewis devient ici un homme, ce qui se justifie de deux façons : d’abord, dans le premier film, si elle était une femme, elle n’était pas traité comme telle, ensuite la femme de Murphy étant très présente, ça ne gêne pas, et ça évite une connerie genre jalousie, triangle amoureux ou autres qui eussent été ridicules. Et de toute façon ce n’est pas pour l’utilité de Lewis dans ce film... Cela dit, Robocop, encore amoureux de sa femme, niveau sexuel, soit il a une bite en titane, auquel cas madame pourra s’amuser, soit il n’a pas eu cette option sur l’armure, et madame va s’ennuyer. Par contre le fils sera content, « Fuck you, my daddy is RoboCop ! ». Mais au fond je ne sais pas si pour le gamin ce serait génial ou traumatisant. Peut-être les deux.

Sinon, la relation entre Robocop et sa femme n'est pas exagérée. Elle sert à amener l'homme à reprendre le pas sur la machine. Et à amener un plan sexy complètement gratuit (regarde Murphy, regarde ce que tu perds !). Ensuite, là où Total Recall n'était qu'une redite du film d'origine très affadie, ce nouveau RoboCop est un autre film, qui a l'avantage d'avoir les scénaristes d'origine, Edward Neumeier et Michael Miner. On sent l'amour qu'il y a pour le film de Verhoeven (qui est, au passage, mon réalisateur favori), et José Padilha voulait juste explorer le personnage d'une autre façon qui fonctionne très bien. Je reprocherais certes que le passage de l'homme à la machine sans âme est un peu long, bien que le processus soit présenté de façon intéressante. En effet, il perd son humanité par étapes : d’abord il perd son corps, déjà ce n’est pas de bol, ensuite son libre arbitre (pas terrible tout ça), et enfin ses émotions (VDM). Et à chaque fois il doit gérer cette perte. Il arrive, difficilement, à accepter la perte de son corps physique (rappelons-nous sa femme, mais aussi tous les plaisir désormais inaccessible : repas, bonne boisson, ... Finis les soirées jusque 6h du matin), mais le reste lui cause des crises car en tant qu’être pensant et ressentant, c’est un sentiment insupportable et surtout, libre arbitre et émotions sons propres à l’homme. Après on peut se demander si le libre arbitre est une réalité ou une illusion, mais le film ne va pas si loin dans sa réflexion. Faut pas trop en demander non plus.

Cette humanité perdue, il devra la regagner pendant le reste du film. Les émotions resurgissent naturellement et s’il ne peut récupérer son corps, au moins peut-il en choisir l’apparence. Pour le libre arbitre, c’est flou, je crois que sur ce point il se fait enfler. Bref, la quête de soi, déjà présente dans le premier film, est donc abordée sous un autre angle, par le choix de montrer une déshumanisation plus progressive (Rappelez-vous, en 1987, Murphy de fait défoncer, et se réveille tout de suite en cyborg sans émotions). Le chef de l’OCP n’est pas plus scrupuleux que Dick Jones ou que Bob Morton pour autant, car c’est le scientifique qui tente de lui laisser autant d’humanité que possible et ce n’est que contraint qu’il la lui retire.

Le personnage du scientifique, incarné par Gary Oldman, est assez classique : il veut que son travail soit fait pour la paix (il fait des prothèses médicale) mais le voit détourné pour la guerre. Il me rappelle Otacon, de la saga Metal Gear Solid, à laquelle la séquence d’ouverture du film, à Téhéran, fait référence (au quatrième volet). Quant au patron de l’OCP, ici incarné par Michael Keaton, il est traité comme un véritable commercial. Il se fiche de l’humanité de Murphy qui n’est pour lui qu’un moyen de faire tomber la loi anti-robot, un produit comme un autre (le mot « produit » est répété dans le film). Mais en même temps le film le montre comme un type normal et n’exagère pas ses traits. Il pense à robocop, il se demande « Comment le vendre ? ». Couleur, slogan, etc,. C’est un patron d’entreprise standard, et c’est pour cela que cela fonctionne. Ce qui est dommage, c’est qu’il demande l’autorisation à la femme de Murphy pour en faire un cyborg (amateur...). Le déclarer mort lui aurait permis de n’en avoir rien à foutre. Comme dans l’original : « il est légalement mort, on peut en faire ce qu’on veut ». Cela dit, il est quand même prêt à le tuer définitivement, pour se faire un peu plus de pub. Enfin, le personnage de Pat Novak (Samuel L. Jackson) et ses JT. Là on a un type détestable et risible, l’archétype du journaliste de propagande (j’ai peur du pléonasme) qui empêche l’opposition de parler en coupant sa communication, avant de critiquer ceux qui font exactement la même chose dans le camp opposé (mais que l’on ne voit pas). On croirait regarder un vrai JT.

Les thèmes sont ceux du film de 1987, réactualisé à notre époque, et prenant en considération les technologies modernes. Donc forcément, Robocop n'a plus le même design, et franchement on s'en fou s'il a une main non-robotique. Une scène, un plan même montre ce qui reste de Murphy physiquement. C'est assez glauque, et je pense que c'est bien de le montrer, on met ainsi en avant sa condition de dépendance à la combinaison et donc sa vulnérabilité. Surtout que pour du large public, je ne m'y attendais pas (PG-13 quoi). On ressent une fascination morbide pour le personnage. Je remarquerai ensuite les clins d'oeil au film de Verhoeven: la présence de l'ED-209, la réplique "I wouldn't buy that for a dollar" et une autre réplique "Dead or alive, you're coming with me" parmi les références, bien placées et pas lourdes. Enfin, le thème musical composé par le grand Basil Poledouris est réutilisé, avec parcimonie, et en dubstep... C’est assez plaisant de le réentendre. Le reste de la BO est sympathique, quoique parfois surprenante... J’ignorais par exemple que le yodle était une musique d’action. Fallait y penser. Cela dit, si le film fonctionne, je continue de préférer celui de Verhoeven pour son style plus cynique et viscéral (et violent). Ce nouveau film possède moins de moment culte (disons-le, il n’y en a pas vraiment) et est moins subtil, plus poli, plus gentil. On sent la mainmise des producteurs, et la pression des fans de l’original qui ont enterré le film avant le début de son tournage. Je ne suis pas non plus fan du traitement de la famille, même si j’admets que c’est très bien géré et utile au scénario, j’aurais préféré qu’elle ne soit pas montrée. Enfin, les deux films restent très différents. Ce sont deux approches du même sujet et la force de ce remake est de ne pas imiter de trop près son modèle. Nouveau design, nouveau scénario, mais mêmes thèmes. Il a compris son modèle et en a tiré quelque chose de neuf, et d'intéressant. Voilà comment faire un bon remake. Il ne l'égale pas mais sait être un film plaisant à voir.


Bande annonce

Bande annonce de Robocop par José Padilha.


Merci, nous vous souhaitons une bonne journée et, en attendant notre prochaine critique, vous pouvez retrouver d'autre article Jules-Emile sur son blog et mes vidéos toujours sur YouTube. A la semaine prochaine ! 

par Stupide Aldo & Jules-Emile Cazlab

source : www.static.mcetv.fr (image)www.youtube.com (bande annonce) http://nl.images.multiplayer.it (vignette) 

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